Gouvernance Locale

Histoire et Patrimoine

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  • Mar 19, 2021

 

 

Nabeul, sentiers et senteurs

Il n’y a pas l’ombre d’un doute que l’Homme ait existé sur ce bout de terre fertile du sud de la péninsule du Cap Bon dès l’aube de l’Histoire et, probablement, depuis l’avènement de la civilisation libyque qui s’est fort bien accommodée du brassage avec les arrivants des côtes de Phénicie jusqu’à ce que Nabeul soit devenue leur prestigieuse colonie. La Nabeul antique s’appelait en phénicien « Qart Hadasht », c’est-à-dire la nouvelle ville au même titre que l’origine toponymique de Carthage. De cette époque, on garde encore des traces de l’industrie de la céramique. Toutefois, l’ancienne Neapolis doit sa brillance à Agathocle, le chef militaire grec, qui bien qu’il ait eu un passage sanguinaire par les côtes du Cap Bon, lui vouait une estime particulière même si pour l’honorer, il s’est contenté de lui réserver une appellation grecque en traduisant celle d’origine.

Comme en témoigne les écritures des anciens, Nabeul était un petit bout du paradis sur terre grâce à la prospérité de son agriculture et se distinguera encore, à l’époque romaine comme étant un centre artisanal très actif qui a marqué de son empreinte la plus importante foire du « garum » que la Méditerranée ait connue. Ce sont, sans aucun doute, les métiers liés à la terre et à la mer qui expliquent en partie, la richesse civilisationnelle qu’a connue la ville durant cette période romaine comme il apparait dans les magnifiques fresques de mosaïque révélatrices d’un art de vivre et d’une opulence qui a permis à l’élite locale de faire don de plus de dix sesterces au profit des œuvres publiques. Les mémoriaux et monuments funéraires témoignent, encore, de cette aisance qui a marqué, surtout, les IIIe et IVe siècles ap. J.-C.   

Or, pour autant Nabeul bénéficie des largesses d’une nature généreuse, elle n’en est pas moins, en revanche, en butte aux aléas de ses caprices dévastateurs. Ainsi, les inondations du 21 juillet de l’an 365 ap. J.-C ont contraint les habitants de la ville à s’isoler derrière les remparts d’un fortin érigé loin des rivages, auquel une mosquée a été annexée lors des conquêtes islamiques et devenu depuis « Ksar Nabeul ». Il est, aujourd’hui, délimité par ce qu’on appelle quartier du Ksar, noyau de la ville arabo-musulmane.

Même si au Moyen Age tardif, Nabeul ne s’est pas hissée au niveau des grandes métropoles, barrée en cela par « Nouba » (actuel Sidi Daoud) et « Menzel Bachou » (Khanguet) qui lui ont, longtemps, fait de l’ombre, elle n’en a pas demeuré moins, un ksar très peuplé et fait partie d’un chapelet de ribats côtiers qui ont sécurisé le littoral du pays et protégé les domaines publics agricoles.

Cette période a été marquée par l’émergence dans la région, de certaines figures du maraboutisme dont Ismaïl Ibn Rabah El-Jazari (IIIe siècle de l’hégire/IXe du calendrier grégorien). Nabeul a, paraît-il, tiré profit de la mise à sac de Menzel Bachou au Ve siècle de l’hégire (XIe du calendrier grégorien) pour étendre progressivement son hégémonie sur la péninsule jusqu’à en devenir, jusqu’à nos jours, la principale agglomération. Ce qui s’est vérifié lors de l’époque hafside (VIIe siècle de l’hégire/XIIIe siècle du calendrier grégorien). En cette période, Nabeul a connu sa première expansion urbaine, outrepassant les limites de son petit ksar pour voir la formation de son premier quartier, Boughedir en l’occurrence, doté de sa propre mosquée oratoire. 

La pression démographique s’est, certainement, posée comme un obstacle à l’agrandissement de la Grande mosquée, toujours, durant cette période. Une croissance qui n’a pas impacté le nombre d’habitants permettant ainsi au tissu humain de conserver certaines familles connues pour leur fidélité à la dynastie régnante et se réclamant de la confrérie de Sidi Mouâaouia et d’autres dites chérifiennes pour leur présumée ascendance mahométane. Leurs traces sont restées, longtemps, visibles à l’ancienne nécropole de Sidi Cherif.

Nabeul telle qu’elle se présente, aujourd’hui, est, essentiellement, l’aboutissement du développement, à travers les âges, d’un embryon urbain, social et économique aux aspects actuels clairs. La ville a, sans aucun doute, su profiter de l’établissement d’une communauté importante de Morisques comportant Juifs et Musulmans et qui a apporté sa dose de raffinement à la gastronomie, aux styles vestimentaires, aux modes de vie ainsi qu’aux métiers et activités artisanales. Comme elle est aussi devenue un pôle d’attraction des habitantes des autres régions, notamment, celles qui connaissent des difficultés. Les Djerbiens constituent dans ce contexte le plus bel exemple de migration intérieure valorisante pour avoir revivifié le secteur la poterie s’ajoutant ainsi, à la céramique andalouse déjà existante. Nabeul a acquis, à la faveur de ce brassage très présent dans ses nouveaux quartiers et faubourgs la dimension d’une ville éclectique qui bannit le sectarisme qu’il soit ethnique ou religieux à telle enseigne que des villages limitrophes tel que celui des Beni Zid, devenu par la suite Bir Challouf, se sont intégrés naturellement dans son tissu urbain et ont, définitivement, fusionné avec elle. Les souks entourant la Grande mosquée tel Souk El Balgha (marché aux babouches) remontent, sans aucun doute, à cette période.

Des quartiers européens ont vu le jour à l’ère coloniale. Nabeul y a été aussi reliée au réseau de chemin de fer. Mais ni l’arrivée de nouveaux habitants ni la prolifération des articles importés n’ont permis de changer le cours de la vie à Nabeul. On a, toujours, continué à boire dans un récipient en poterie de Nabeul ; on a, toujours, continué à prier sur des nattes tissées par les habiles nattiers de Nabeul ; on n’a pas arrêté de se parfumer aux eaux de fleurs distillées à Nabeul et aucune maîtresse de maison ne s’est empêchée de faire ses provisions de denrées alimentaires et d’épices à Nabeul.

Nabeul a aussi, sacrifié sur l’autel de la Liberté ses fils patriotes qui se sont inscrits, femmes et hommes, dans la lutte pour l’Indépendance de la Tunisie. A ce titre, il convient d’honorer les Martyrs de Janvier 1952.

Enfin, la ville de Nabeul a contribué à l’édification de la Tunisie nouvelle en mettant à la disposition de l’Etat de l’Indépendance, la fine fleur de son élite intellectuelle.

L’hospitalité légendaire des Nabeuliens et leur ardeur au travail ont été à l’origine de l’implantation à Nabeul d’activités diverses dont, notamment, le tourisme, les services et l’enseignement universitaire avec tout ce qui s’en suit comme essor démographique et développement local qu’il incombe à tout un chacun de préserver pour que l’opulence perdure dans une ville où il fait bon vivre.

 Ecrit en langue arabe par Marzouki Anouar

Traduit en langue française par Khaiati Rached

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